Gilles DURRENMATH

Intitulé de la thèse : Etude quantitative du dégraissant de céramiques préhistoriques de Provence par analyse d'images. Essai de différenciation typologique, culturelle et chronologique.

L’approche quantitative du dégraissant que nous menons a pour objectif d'exploiter plus complètement les potentialités heuristiques de ce constituant systématiquement présent. Si l'on s'intéresse couramment au choix du matériau employé, la question du comportement du potier vis-à-vis du dégraissant du point de vue quantitatif n'est que très rarement abordée. Or, différents travaux montrent que le dégraissant peut être porteur d'indications de portée technologique et paléo-ethnologique. Outre les travaux menés sur du matériel archéologique, des exemples ethnologiques fournissent des indices sur le champ des possibles en matière d'actions orientées sur les modalités quantitatives du dégraissant selon le type de vase (taille et forme) ou la partie du vase (bord, panse, fond) par exemple. A travers ces études, ces caractères apparaissent comme l'expression d'une " intervention lucide " (selon le terme d’André Leroi-Gourhan) dans le déroulement de la chaîne opératoire. De la même manière que la nature de certains composants (l'os notamment) a pu être interprétée comme un marqueur d'appartenance à un groupe, l'observation diachronique des caractéristiques quantitatives permet également de poser la question de comportements d'ordre chrono-culturel. Le contexte considéré est le Néolithique final en Provence occidentale pour lequel trois groupes majeurs sont actuellement reconnus : le Couronnien, le groupe Rhône-Ouvèze et le groupe du Fraischamp. Afin d'élargir notre perception des liens trans-culturels, nous avons décidé d'étendre nos examens à des séries chasséennes.

Cette étude quantitative du dégraissant est réalisée à partir d’une adaptation de l’analyse d'images. Cet outil, qui couple optique et informatique, fournit des mesures systématiques adaptées à l’étude de granulométries. Selon les objectifs visés, le traitement des données est ensuite réalisé à l’aide de graphiques de dispersion et de deux méthodes d'analyse multivariée : l’analyse en composante principale (ACP) et l’analyse factorielle discriminante (AFD).

La confrontation des résultats de nos mesures aux paramètres typo-technologiques semble indiquer une multiplicité d'options indifférentes à ce que l'on considère comme des contraintes techniques (minéralogie, épaisseur des tessons). Les observations confirment que, dans une approche plus globalisante, cette variabilité s'inscrit sans doute dans des limites que l'on peut rapprocher de la notion d'identité culturelle. Les différences constatées entre les groupes culturels concernés par l'étude sont en effet assez clairement marquées. Aux quatre ensembles étudiés correspondent quatre situations que l'on se propose d'interpréter comme les résultats de pratiques culturelles distinctes. Parallèlement une continuité technique se fait jour tout au long de la succession chrono-culturelle envisagée.

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